Cet article de Sylvain Sismondi est paru dans Paris Notre-Dame, l'hebdo des Catholiques à Paris, 2 octobre 2003.
(Mise à jour : Février 2009)
Paris
20e, ND de la Croix : 2 prêtres.
19e, St-Jean-Baptiste de Belleville : 3 prêtres.
15e, St-Lambert de Vaugirard : 4 prêtres.
11e, St-Ambroise : 4 prêtres.
11e, St Joseph des Nations : 3 prêtres.
Saint Denis en France
Villemomble : 3 prêtres.
Aubervilliers : 4 prêtres.
Montfermeil : 3 prêtres.
Créteil
Fontenay sous Bois : 3 prêtres.
Pontoise
Cergy : 4 prêtres.
Eaubonne : 3 prêtres.
Meaux
Val d'Europe : 3 prêtres.
Evry Corbeil Essonne
Massy - Verrières le Buisson : 3 prêtres.
Augmentation constante du nombre d'habitants, diminution importante du nombre de prêtres, déplacements accrus des Franciliens d'un département à un autre (soit quotidiennement pour leur travail soit pour des raisons financières, en déménageant)... Face aux réalités qui l'entourent, l'Eglise d'Ile-de-France s'adapte : La Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville (FMPV), créée en 1991 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, est l'un de ces nouveaux "outils pastoraux" au service de la mission. « Le principe est simple, affirme le P. Jean-François Brard, modérateur de la FMPV et curé de la paroisse St-Louis à Villemonble (Seine Saint-Denis). Il s'agit d'envoyer des prêtres diocésains par équipes de trois ou quatre, dans un secteur d'un diocèse d'Ile-de-France. Pendant toute la durée de leur mandat, ces prêtres au service de l'Eglise locale, s'engagent à mener une vie fraternelle soutenue. Celle-ci les aide à porter ensemble la charge pastorale et les soutient dans leur vie spirituelle. Elle est également un signe visible de communion pour toute la communauté paroissiale. » La FMPV est ainsi une aide précieuse dans les diocèses où la situation pastorale est de plus en plus difficile.
« Ici, nous avons un peu moins de quatre-vingt-dix prêtres en activité pour un million cent-cinquante mille habitants, explique Mgr Michel Dubost, évêque d'Evry-Corbeil-Essonnes. Ils vivent le plus souvent éloignés les uns des autres et pour certains, ces conditions de solitude sont particulièrement pesantes. A cela s'ajoute d'autres difficultés. Le fait, par exemple, que nos paroisses regroupent des personnes de cultures très différentes, demande au prêtre un travail pastoral considérable. De plus, les communautés se modifient sans cesse et pour nos pasteurs qui s'entourent de laïcs pour les aider, c'est parfois difficile à gérer. Il faut s'imaginer qu'une personne sur deux quitte le diocèse à l'heure de la retraite ! Il est évident qu'une FMPV est plus à même de faire face à ces difficultés. » En Ile-de-France, tout comme en province, la diminution du nombre de prêtres oblige les évêques à « disperser » leurs effectifs. Et malgré l'organisation des diocèses en secteurs, les prêtres se retrouvent souvent curés de deux, trois ou quatre paroisses, voire plus : une charge pastorale lourde, très lourde, qui soulève de nombreuses questions. Le P. Amaury Cariot, prêtre du diocèse de Pontoise, témoigne : « L'autre jour, j'ai rencontré un jeune prêtre. Cet ami était vicaire dans une paroisse de Pontoise où en cinq ans, il a totalement relancé la pastorale des jeunes. Mais voilà, il a été nommé ailleurs, et, faute de prêtres, il n'a pu être remplacé. En trois mois, tout ce qu'il avait monté s'est effondré. Quel est l'avenir de cette paroisse et de ces jeunes chrétiens ? Comment un prêtre peut-il s'investir s'il n'est pas sûr qu'un autre prendra le relève ? »
Tout d'abord, le fait d'être plusieurs en fraternité permet aux prêtres d'investir plus de temps dans leurs actions pastorales. Il y a à peine deux ans, dans son diocèse, le P. Amaury Cariot passait tous ses samedis et ses dimanches à courir d'une paroisse à une autre pour célébrer. Aujourd'hui, membre de la FMPV à Franconville, il peut proposer des week-ends et des pèlerinages aux jeunes du doyenné dont il a la charge. Son confrère le P. Pascal Genin, quant à lui, prend chaque jour de une à trois heures pour visiter, à domicile, les paroissiens et les habitants du quartier. « Nous avons beaucoup de chance, confie-t-il. Les obligations cultuelles et pastorales sont divisées par trois. Par conséquent, nous avons chacun une plus grande marge de liberté. Cela nous permet de mener un travail de fond. » Un travail de fond, certes, mais qui ne donnerait peut-être pas autant de fruits s'il n'était pas enraciné dans la vie fraternelle des FMPV.
La trentaine de prêtres diocésains actuellement engagés dans la fraternité mène une vie communautaire dense : ils vivent par équipe de trois ou quatre, sous le même toit, disent les laudes ensemble, partagent plusieurs repas par semaine, concélèbrent une eucharistie régulièrement, prennent chaque mois une journée de récollection pour faire le point, participent aux trois rencontres annuelles des membres de la FMPV... « Ce ne sont pas des règles de vie comme chez les moines mais plutôt des balises qui favorisent la vie communautaire, précise le P. jean-François Brard. Chaque équipe vit la fraternité selon sa réalité géographique. » Si chaque membre met un point d'honneur à soigner cette vie fraternelle, c'est que son impact dans la mission est des plus bénéfiques pour chacun. « C'est la première fois que je suis curé de paroisse, commente le P. Jean-Marc Pimpaneau de la FMPV de Fontenay-sous-Bois (Val-de-marne). Or les confrères qui sont avec moi dans la fraternité m'ont beaucoup aidé, conseillé. De plus, en échangeant sur ce que vit chacun dans sa mission, nous nous stimulons, trouvons des idées. je crois que les paroissiens ressentent cette vitalité de la vie fraternelle. Cela porte toute la communauté. Selon les propos du cardinal Lustiger, en effet: "La vie n'attire-t-elle pas la vie ?" ». Pour le P. Alain Gambart, FMPV et curé de St-Ambroise (11e), la vie fraternelle est ce lieu d'échange privilégié où chacun essaie d'être attentif à ce que vit l'autre. « Il y a parmi nous un jeune prêtre qui vient tout juste d'être ordonné, explique-t-il. Nous portons tous ensemble sa mission de catéchiste. Non seulement en l'écoutant, en lui donnant parfois quelques petits conseils, mais également en le confiant dans nos intentions de prière. Il en va de même pour chacun de nous. » Ainsi, cette vie fraternelle favorise grandement la qualité du travail pastoral. De plus, tous l'affirment, elle permet à chacun d'avoir plus de discernement sur les motivations profondes dans sa mission. « On n'est pas prêtre tout seul, confirme le P. Jean-François Brard. Ce que fait l'un engage l'ensemble de sa fraternité. C'est une dynamique qui porte vers le haut. »
Outre son effet sur la pastorale, la vie fraternelle a également un fort impact dans la vie spirituelle et personnelle des membres. Tout d'abord, les prêtres affrontent plus facilement les difficultés qu'ils rencontrent. Même si la plupart d'entre eux préfèrent rester discrets à ce sujet, certains ont accepté de parler de cet aspect essentiel. Le P. Jean-Marc Pimpaneau confie : « Parce que la vie en communauté favorise les remarques - fraternelles - des uns et des autres, elle permet de se remettre en question et d'avancer dans la foi. Prenons un exemple simple qui peut être transposé dans bien d'autres domaines : personnellement, j'ai tendance à être en retard. Or, les membres de la fraternité m'en font parfois la remarque. Même si ce n'est pas agréable à entendre, cela m'aide beaucoup. Imaginons également un prêtre qui aurait un caractère difficile. S'il est seul, par respect ou par peur de le blesser, aucun paroissien n'oserait sans doute lui en parler. Or, en fraternité, nous essayons de nous parler en vérité. Cette vie fraternelle met en lumière les difficultés et les faiblesses de chacun. Elle nous permet de grandir dans la foi. » Le P. Alain Gambart, confirme : « Dans la fraternité s'exerce la charité sacerdotale. Si l'un de nous traverse une difficulté, nous la portons tous ensemble. De plus, c'est un lieu de vérité qui nous apprend à avoir confiance les uns dans les autres. »
Il est évident que cette vie fraternelle imprègne l'ensemble des communautés dont les FMPV sont en charge : des prêtres qui rayonnent, c'est une paroisse qui rayonne. Mais la FMPV est aussi une véritable « école de vie sacerdotale » qui rejaillit sur l'image que les prêtres donnent du sacerdoce. Elle est ainsi plus à même d'éveiller des vocations. « C'est important que les jeunes aient sous les yeux des prêtres avec des personnalités différentes, qui vivent ensemble le ministère sacerdotal, explique le P. Jean-François Brard. Car trop souvent, dans les diocèses, l'image qu'ont les jeunes du sacerdoce est liée à une personne, un prêtre. Or la fraternité peut leur permettre de se dire : "Moi aussi, avec ma personnalité, avec ce que je suis, je peux être prêtre." C'est une véritable ouverture ! »
Aujourd'hui la FMPV compte trois fraternités à Paris (qui servent de lieu de formation avant l'envoi en mission des prêtres en banlieue) et sept fraternités dans les diocèses d'Ile-de-France. Forte de ses douze années d'expérience, la FMPV réfléchit à son avenir, notamment à ses lieux d'implantation. Comme le précise le P. Jean-François Brard, « l'urgence de la mission requiert le choix pastoral de lieux stratégiques où le ministère des prêtres pourra porter des fruits durables, en favorisant la vitalité de communautés chrétiennes qui soient missionnaires et propices à l'éveil des vocations ».
Sylvain Sismondi, 2003